nouvelle version de la nouvelle : "Désolé"

Clémentine Séverin

 

 

 

 

Nouvelle

 

 

 

Désolé,

 

 

 

 

Désolé, il descend du train qui l’a conduit à la gare du Nord. Il porte un  lourd sac sur son dos. Désolé, il n’a pas maigri et  les douleurs déchirent son échine.  

Désolé, il marche d’un pas rapide sur le quai de la gare, parmi la foule qui va et vient.

Les portes glissent et se ferment derrière lui. Il sort de la gare.

Une nuit intérieure l’envahit depuis longtemps. Il est désolé de ne plus apercevoir la lumière, de ne plus sentir le souffle léger du vent

 

 Désolé de ressentir le froid de la fatigue, il prend  le métro. Le métro sombre. Il n’entend  pas  son pas marteler le béton du quai. Le brouhaha de la foule et du métro, le désolent

 

Il est désolé de rejoindre son lycée. Un lycée de banlieue, désolant. Il est désolé que ce lycée étouffe ses grandes idées. Ses rêves. Il aurait aimé militer pour une grande cause. Il aurait aimé fonder des œuvres humanitaires. Il aurait aimé être un Coluche. Un vrai Coluche. Il est désolé que ses rêves se soient noyés dans le flot monotone des jours qui passent.

D’un geste lasse, il pause son sac sur le siège du métro. Fatigué, il s’assoit. Désolé d’être un anonyme parmi tous les anonymes, il ouvre son livre.

Il repousse, d’un geste vif, une mèche de ses cheveux bruns. Des cheveux fins et épais qui retombent sur ses yeux rougis par la fatigue. Il ne lit plus. Il sommeille,  jusqu’au terminus. Désolant.

 

Le dos déchiré par la douleur, il pousse les grandes portes vitrées du lycée de banlieue. Désolé de haïr ce lycée qu’il n’a pas choisi. Désolé de haïr le métier qu’il a choisi par défaut.  Désolé que le lycée lui ait volé sa vie, sa gloire. Le lycée dans lequel il travaille. Le lycée dans lequel il dort.  Hébergé dans le lycée, du lundi matin  au vendredi soir.  Un sort désolant.

 

Fatigué, il dépose son sac dans l’appartement au premier étage du lycée. Il s’assoit sur le canapé du salon, en face de la fenêtre.  Il  allume sa première cigarette. Désolant.

 

 La petite fille du locataire, l'appelle. Les cheveux ébouriffés,  assise à table, devant son bol de lait froid,  Prune le regarde.

Désolant.  Il avait oublié Prune. Prune n’a pas déjeuné. Sans lui, elle n’a pas avalé son bol de lait. Sans lui, elle n’a pas fait ses devoirs. Prune sourit. Ses belles dents blanches brillent.

 

Il se lève. Sa fatigue a disparu.

 

 

 

(Nouvelle pour L'association littéraire la  Lampe de Chevet)

 

 

 

 

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